Cas client Carrefour addictionS : mesurer l'impact social de manière conforme

Publié par Thomas dans la catégorie Cas Pratiques le 12.01.2026 Dernière modification : 29.09.2026 à 23h07


Table des matières

Sur un site d'aide aux personnes concernées par une addiction, les visiteurs ne veulent pas être suivis. Ils cherchent une information ou un numéro, souvent dans un moment difficile. Pour Carrefour addictionS, le défi était double : respecter cette discrétion sans exception, et pouvoir quand même rendre compte de l'utilité du site.

En bref

  • 76,8 % de refus des cookies sur les pages vues, mesurés chez Carrefour addictionS sur 90 jours.

  • Une mesure first-party sur le sous-domaine du site a rendu visibles plus de 31 % de visites que les outils standards ne comptaient pas.

  • Chaque refus est respecté : aucune balise publicitaire ne part sans accord.

  • Pour une organisation d'intérêt public, la statistique agrégée suffit.

Le contexte : l'anonymat comme condition de l'aide

Carrefour addictionS est la faîtière genevoise de la prévention des addictions (alcool, jeux, écrans, tabac, autres produits). Elle bénéficie du soutien financier de la République et canton de Genève.

Ses visiteurs n'achètent rien : ils cherchent de l'aide, pour eux ou pour un proche. La simple visite d'une page sur l'alcool peut en dire long sur une personne. Ce type d'information touche à la santé, que la LPD classe parmi les données sensibles (art. 5 let. c LPD). Sans surprise, 76,8 % des pages vues sont associées à un refus du suivi (opt-out) dans le bandeau cookies.

Le défi : rendre compte de sa mission sans données fiables

Une organisation soutenue par les pouvoirs publics doit montrer ce qu'elle apporte :

  • Combien de personnes consultent les pages d'orientation ?

  • Quelles thématiques (alcool, écrans, jeux) progressent ?

  • Les personnes reviennent-elles, signe d'un parcours qui se construit ?

Avec un tracking client-side classique, près de huit visiteurs sur dix refusaient le suivi, et une partie de ceux qui l'acceptaient restait invisible pour des raisons techniques. Les rapports d'activité reposaient sur une fraction de la réalité.

La solution : une mesure first-party qui respecte chaque refus

L'objectif d'A-Track n'était pas la publicité, mais une statistique fiable et protégée. Nous avons déployé une architecture de tracking server-side selon trois principes :

  1. Mesure first-party : scripts et requêtes passent par un sous-domaine du site, ce qui rend la mesure résiliente aux restrictions des navigateurs et des bloqueurs.

  2. Le choix du visiteur décide : la CMP pilote ce qui part. Un refus reste un refus.

  3. Le serveur filtre : pas d'adresse IP complète ni d'identifiant persistant pour les visiteurs qui ont refusé.

Les résultats mesurés sur 90 jours

Graphique du cas Carrefour addictionS : grâce au tracking server-side first-party, 7,53 % de trafic bloqué par les bloqueurs et 23,76 % limité par Safari et Firefox redeviennent visibles, soit plus de 31 % des visites.

Sur 90 jours et environ 75'000 requêtes, l'infrastructure a montré l'ampleur de la perte de signal. Ce sont les chiffres de ce client, sur cette période, pas une promesse pour un autre site.

Des visites réelles qui n'apparaissaient pas

  • 7,53 % du trafic était bloqué par des bloqueurs de publicité.

  • 23,76 % était limité par les protections des navigateurs (Safari ITP, Firefox ETP).

  • Au total, plus de 31 % des visites sont redevenues visibles.

Côté scripts, 20,15 % des chargements échouaient depuis des domaines tiers. Servis depuis le sous-domaine du site, ils se chargent normalement, et le bandeau reste l'unique décideur.

Le Cookie Keeper : comprendre les retours

Un parcours d'aide est long : on se renseigne, on part, on revient quelques semaines plus tard. Or Safari efface après 7 jours sans interaction les cookies créés en JavaScript : chaque retour apparaît comme un nouveau visiteur. Pour les visiteurs qui ont accepté la mesure, la fonction Cookie Keeper a restauré 99,96 % des identifiants touchés par ITP. La récurrence redevient lisible.

Consentement : ce qui se passe quand le visiteur dit non

Comparatif du cas Carrefour addictionS : si le visiteur accepte, mesure complète et retours reconnus ; s'il refuse, aucun pixel publicitaire et seulement un comptage agrégé sans cookie ni identifiant, conforme LPD.

Comment piloter quand la majorité dit non ? Trois règles.

  1. Aucune balise publicitaire sans accord. En cas de refus, aucun pixel Meta ou Google Ads ne se déclenche. En Suisse, la LTC (art. 45c) impose d'informer et de permettre le refus ; pour les visiteurs de l'UE, le consentement préalable est exigé.

  2. Une statistique agrégée, sans identification. Le serveur peut compter une page vue ou un clic d'orientation sans cookie, sans adresse IP conservée et sans identifiant persistant. Ce comptage alimente des totaux, jamais un profil.

  3. Le site fonctionne pour tout le monde, que la mesure soit acceptée ou non.

Conseil A-Track : sur un site de santé ou d'action sociale, fixez avec la direction une courte liste d'indicateurs agrégés (thématiques consultées, clics vers une ligne d'aide, retours) et ne mesurez rien d'autre. Pour les visiteurs de l'UE, faites valider la mesure sans cookie par votre conseil juridique.

Sur les signaux de consentement envoyés à Google, lisez notre guide du Google Consent Mode v2.

Conclusion : mesurer son impact sans exposer ses usagers

Le tracking avancé n'est pas réservé au e-commerce. Pour les ONG, fondations, hôpitaux et services publics, l'enjeu est de mesurer un impact réel. Trois actions pour commencer :

  1. Mesurez votre taux de refus réel et la part de trafic que vos outils ne voient pas.

  2. Passez la mesure sur votre propre sous-domaine, en laissant la CMP décider.

  3. Limitez la collecte à des statistiques agrégées quand le sujet est sensible.

Notre guide de la conformité LPD et RGPD détaille la méthode.

Vous gérez des données sensibles ou un service public ?

Découvrez comment obtenir des statistiques fiables sans compromettre la vie privée de vos usagers.

Audit Data & Éthique pour ONG ou Secteur Public

Questions fréquemment posées

Dois-je mettre à jour ma politique de confidentialité ?

▾
Absolument. Elle doit lister tous les outils de tracking utilisés, la finalité de la collecte, le lieu de stockage des données et les droits des utilisateurs. C'est une obligation LPD et RGPD.

Qu'est-ce que le "Privacy by Design" imposé par la LPD ?

▾
Cela signifie que la protection des données doit être intégrée dès la conception de votre site ou de vos campagnes marketing, et non ajoutée à la fin. Le tracking doit être configuré pour collecter le minimum de données nécessaires.

Quelle est la valeur ajoutée d'un expert suisse pour la LPD ?

▾
La connaissance des subtilités locales. Par exemple, savoir comment configurer la géolocalisation pour appliquer les règles strictes du RGPD aux visiteurs de l'UE tout en gardant plus de flexibilité pour les visiteurs suisses (si la stratégie le permet).

Quels documents le PFPDT demande-t-il lors d'un contrôle LPD ?

▾
Le PFPDT n'a pas de liste fixe, mais lors d'une enquête (art. 49 et 50 LPD), cinq documents reviennent souvent :

1) Le registre des activités de traitement (art. 12 LPD), dont les entreprises de moins de 250 collaborateurs sont en partie dispensées.
2) La preuve des choix de consentement, lorsque vous vous appuyez sur un consentement (visiteurs de l'UE, politique de Google).
3) Les garanties pour les transferts de données hors de Suisse (art. 16 LPD, par exemple Swiss-U.S. DPF ou clauses types) et, si le traitement présente un risque élevé, une analyse d'impact (art. 22 LPD).
4) La preuve technique que les traceurs non essentiels respectent le choix du visiteur (protection des données dès la conception et par défaut, art. 7 LPD).
5) Les contrats de sous-traitance avec vos prestataires (art. 9 LPD).

Qui paie l'amende LPD en cas de non-conformité : l'entreprise ou le directeur ?

▾
La LPD vise la personne physique responsable d'une violation intentionnelle (par exemple la personne qui a pris la décision au sein de l'entreprise), et non automatiquement le directeur. L'amende peut atteindre CHF 250'000 et est prononcée par les autorités pénales cantonales ; le PFPDT, lui, n'inflige pas d'amendes.

Lorsque l'identification de la personne responsable exigerait des mesures disproportionnées, l'entreprise peut être condamnée à une amende de CHF 50'000 au plus (art. 64 LPD). Le RGPD européen, lui, sanctionne l'entreprise.